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Il y a ce que j'ai longtemps cru, et ce que j'ai réellement vécu.

Ce que j'ai longtemps cru est qu'elle était bonne, aimante et une femme bien. Respectable... tout au moins surtout respectée, car elle utilisait toujours les bons arguments pour qu'il en soit ainsi. Ce que j'ai longtemps cru est qu'il suffisait de dire ce qu'elle voulait entendre, être ce qu'elle voulait que l'on soit, lui montrer ce qu'elle voulait bien voir.

Ce que j'ai cru est que j'étais heureuse à ses côtés, que tout ce qui ressortait d'elle n'était qu'altruisme, bonté et amour démesuré.

Ce que j'ai cru est qu'elle était ma mère.

Ce que j'ai réellement vécu est tout autre.

Il m'aura fallu un certain nombre d'années pour soulever le voile sur cette vérité, et autant d'autres années pour admettre que je m'étais trompée sur toute la ligne.

Puis il me faudra encore plus d'années pour comprendre que je n'ai peut-être pas à me sentir coupable de l'avoir laisser faire, et d'être finalement celle que je suis.

Son conditionnement a si bien fonctionné, que je déplore de ne pas arriver à me détacher de ce sentiment éternellement présent.

Au même titre que je n'arrive pas à oublier ce que son fils a pu faire, ce qu'elle a finalement cautionné en cachant la vérité à son propre mari, ce soi-disant père, je n'arrive pas non plus à oublier ses gestes brutaux, ses paroles acerbes, son regard hystérique... signe précurseur d'un sale moment à passer.

Comment oublier alors que chaque reflet dans le miroir me ramène à son visage. Cette ressemblance troublante m'écoeure au point d'avoir voulu ne plus la vivre de si nombreuses fois.

Comment excuser un faux pas de 30 longues années alors que je n'ai jamais rien dit durant tout ce temps, que je ne m'en suis jamais plainte ? Comment comprendre ses hurlements, ses insultes ou ses coups pour des fautes commises qui n'en étaient finalement pas ? Comment comprendre ces marques rouges sur ce petit corps alors qu'on les cachait sous des bandages ? Comment ne pas se sentir coupable alors que l'on vous dit que vous l'êtiez ? Comment accepter d'aller si mal alors que l'on n'en a pas le droit ? Comment pleurer alors que seuls les cons et les faibles versent des larmes ? Comment ressentir la douleur alors que l'on est si fort ? Comment oser dire que tout est parti en couille alors qu'on a foutu le bordel ? Comment ne pas mentir alors que le mensonge a toujours été présent ? Comment réussir sa vie alors que celle-ci n'est pas celle qu'elle a décidé ? Comment la contredire, alors qu'elle avait toujours raison ?

Comment croire qu'elle a pu m'aimer puisqu'aujourd'hui elle a fait le choix de me sacrifier aux profits d'apparences primordiales au sein d'une famille ?

Comment me construire alors que tout porte à croire que rien de ce que j'ai pu entreprendre n'en valait la peine ?

Comment ne pas l'aimer après tout ce qu'elle a fait pour moi...?

Comment ne pas devenir folle alors que tout ce que j'avance est faux ?

Pourtant il me reste une chose. Le droit de m'exprimer au même titre qu'ils se sont octroyés le droit de vivre paisiblement comme si de rien n'était. Ainsi je peux écrire que j'en veux à celle qui m'a mis au monde pour tout le mal qu'elle a pu me faire, pour cette façon qu'elle a eu de couper à vif mes ailes de sorte que je ne puisse jamais voler, de me traiter comme une sous-merde, voire une pauvre conne juste bonne à rendre service. J'en veux à son complice de toujours, son fils, celui qu'elle a toujours défendu bec et ongle, celui qu'elle a toujours ouvertement aimé plus que tout, son équivalent masculin, sa copie conforme de violence et de folie. Enfin j'en veux à celui qui aurait dû s'interposer pour me défendre, me protéger mais qui ne l'a jamais fait par peur des représailles sur sa propre personne : j'en veux à ce père absent, cet homme que j'aimais tant, je lui en veux d'avoir laissé faire, d'avoir laissé voler en éclats mon existence. 

Et même si je lutte pour ne pas penser à tout cela, chacune de mes nuits est hantée par leur souvenir. Alors forcément chacun de mes dessins en prend l'empreinte.

C'est mon droit et je me permets d'emmerder ceux qui me diront qu'il me faut néanmoins avancer, qu'il me faut donner une autre image de moi... 

Car je ne peux pas avancer plus vite que ça, pas après avoir enfouit ce lourd secret de si longues années. Au même titre que je ne peux pas donner une autre image de moi alors que c'est bel et bien celle que je suis réellement que vous avez en face de vous aujourd'hui.

Je ne peux pas aller bien pour faire plaisir aux autres...

Je ne peux pas nier, je ne peux pas mentir.

Je ne peux pas faire semblant, je peux tout juste faire des efforts.

Je peux par contre écrire, dessiner, exprimer... cracher, dégueuler... et par conséquent en aider certains...

Je peux, car c'est un droit. C'est mon droit.

Et je me l'octroie.


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