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J'ai toujours eu la sensation de ne pas savoir qui j'étais.

Petite, j'étais, selon ma famille, la gentille et sage petite fille, tellement sage... celle qui ne demandait jamais rien, qui ne réclamait jamais, qui était polie, qui travaillait bien... j'étais aussi celle qui avait une grosse tête, qui était molle, fainéante, possédée par le diable et folle ! Tout ça à la fois... un peu trop pour moi, moi je voulais juste que ma mère m'aime, que mon père arrête de picoler et de taper sur moi et ma mère, que mon oncle arrête de venir me violer, je voulais juste que tout le monde soit heureux.

Et à l'adolescence, ça a été l'escalade. J'ai explosé, je suis devenue violente, avec moi, avec tout le monde, je voulais que tout disparaisse, que tout soit détruit. Petit à petit, j'ai commencé à sécher les cours, à tomber dans la drogue et ne supportant plus rien, un jour, je suis partie, à 17 ans, mes affaires dans un sac poubelle et j'ai quitté la maison pour la rue : Chatelet à Paris.

J'ai trouvé rapidement un travail de serveuse. Je dormais un coup dans la rue, un coup dans l'arrière boutique, un coup chez des types rencontrés comme ça, que je ne connaissais même pas et c'est comme ça que c'est arrivé. Petit à petit, sans même m'en rendre compte, je suis tombée dans la prostitution.

A l'époque, je ne mettais pas ce mot là sur ce que je faisais. Bien sûr que non : je couchais avec des types, je selectionnais, uniquement ceux qui me plaisaient et au passage, je leur prenais de l'argent... Alors pourquoi je me sentais si sale ensuite? J'avais envie de mourir, encore, toujours, avec cet énorme vide en moi... mais je recommençais, à deux, à trois, pour mieux me dévaloriser, me punir de-je-ne-sais-quoi ! A ce moment là, je pensais que je contrôlais tout, que ces types là ne m'oublieraient jamais, que j'étais LA femme, aujourd'hui, je sais que c'est moi qui n'oublierais jamais ces nuits cauchemardesques où je n'étais plus moi-même.

J'avais une haine de moi et des autres incommensurables. Au moindre manque de respect, une parole de travers, je balançais des claques et des coups de poing. Et la drogue toujours, pour ne plus être tout à fait là, pour oublier que j'existais.

C'est finalement au moment où je pensais que j'allais vraiment mourrir, à bout de force, que je me suis décidée à demander de l'aide. Je suis sortie de la rue. Mais il a fallut supporter les crises de manque, la réalité, les automutilations que l'on m'empêchait souvent de m'infliger, les médecins à voir alors que je ne supportais pas que l'on me touche. Pour finalement parvenir, aujourd'hui, 18 ans plus tard à une reconstruction petit à petit.


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